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CRITIQUES DE CONCERTS 26 septembre 2020

Concert du Philharmonique de Vienne sous la direction de Pierre Boulez au festival de Salzbourg.

Salzbourg 2003 (2) :
Rêve en plein midi

© Yannick Millon

Chaque année, au festival de Salzbourg, le Philharmonique de Vienne monte cinq programmes symphoniques en plus des représentations d'opéra. Cette année, le quatrième d'entre eux a été confié à Pierre Boulez, dans un programme réunissant deux de ses compositeurs fétiches : Webern et Mahler, pour une prestation qui donne l'impression de vivre un rêve éveillé.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 24/08/2003
Yannick MILLON
 



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  • Dans la ville de Mozart, la plupart des concerts du Philharmonique de Vienne sont programmés le dimanche matin à onze heures, et on ne sait pour quelle raison, lorsque miracle symphonique opère à Salzbourg, c'est bien souvent à cette heure-là. On se souvient du concert Gergiev en 2000 et de la géniale 9e de Bruckner par Harnoncourt l'an passé, qui ont d'ailleurs tous deux connu les honneurs de la publication. On se met donc à espérer que le concert « Boulez 2003 Â» soit du même niveau, et une fois de plus, on jette littéralement les armes devant un orchestre aussi fabuleux, conduit par un chef au sommet de sa carrière.

    Anton Webern a toujours été l'un des compositeurs de chevet de Boulez, celui des trois viennois qu'il admire le plus. La Passacaille op. 1 n'a plus le moindre secret pour lui. Il sait en rendre le côté fin de siècle, monde au bord de l'apocalypse – un solo de flûte d'une insondable tristesse, à la sonorité immaculée – comme les déflagrations les plus violentes, avec une sauvagerie qui laisse pantois. Chaque pizz, chaque solo se fond dans un univers sonore où chaque son est organisé, réglé en dynamique et d'une précision chirurgicale. Et qu'on arrête enfin de taxer Boulez de froideur, car peu de chefs sont aujourd'hui capables d'habiter à ce point les huit pizz qui introduisent l'oeuvre.

    Dans les Pièces op. 10, les plus ascétiques et aphoristiques de l'oeuvre webernien, la précision du chef français est toujours aussi impressionnante, mais on regrettera une deuxième pièce sous nuancée, à la trompette trop étouffée, et un harmonium sur des œufs dans les triolets de la troisième pièce. En revanche, rien à redire sur les Pièces op. 6, présentées ici dans leur version révisée de 1928, avec une partie de percussion beaucoup plus fournie.

    Si certains chefs mettent un point d'honneur à régler leur crescendo du Boléro de Ravel avec la plus grande attention, Boulez en fait autant dans la Marche funèbre des opus 6 de Webern. Du roulement de grosse caisse initial presque inaudible, simplement ponctué de quelque glas des cloches tubulaires, au raz-de-marée dynamique des percussions quatre minutes plus tard, l'auteur du Marteau sans maître se montre souverain dans la rigueur rythmique et la construction des blocs de sons.

    Mahler bouleversant à force de sobriété

    Passé l'entracte, on décolle avec l'une des plus magnifiques 4e de Mahler qui soient. Pourtant, comme il le remarque lui-même, Boulez ne fait que transcrire le contenu écrit de la partition. Seulement, aucun chef n'a autant pris la peine de respecter aussi scrupuleusement les multiples et presque maniaques indications de Mahler. A l'instar des Lieder eines fahrenden Gesellen donnés à Paris en juin dernier, le miracle est permanent, le résultat bouleversant de lisibilité, de plastique sonore et par dessus tout de sobriété.

    A l'opposé de Bernstein, chez qui l'émotion naissait d'une extrême sophistication de l'agogique – rubato où pas deux temps qui se suivent n'ont la même durée –, l'émotion nait ici de la transparence d'une lecture à la rythmique très régulière et qui s'en tient au rubato écrit. On tient à ce titre un Adagio confondant de tenue – la pulsation initiale, à la stabilité qui donne un mélange inoubliable de sérénité et de résignation – et de raffinement sonore – des violoncelles beaux à pleurer, des cordes suaves aux portamenti dosés à la perfection.

    Boulez, serein, laisse chanter le texte à travers un des plus somptueux orchestres de la planète, un Philharmonique de Vienne qui est évidence, avec ses solos à l'incomparable musicalité et sonorités idoines – le hautbois de l'agnelet que saint Jean mène à la mort. On retiendra une fois encore l'excellence et la finesse de la petite harmonie ainsi que des cors, particulièrement de l'inimitable Wolfgang Tomböck Jr., aux interventions cosmiques, ainsi que les solos de violon de Rainer Honeck, aussi évidents que la direction du chef français.

    Quand au surplus, vous disposez du timbre adamantin de la ravissante soprano suédoise Miah Persson, et que Boulez conclut la symphonie dans le plus délicat et impalpable des pianissimi, vous pouvez vous laissez aller au plus doux des rêves, et ce en plein midi.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 24/08/2003
    Yannick MILLON

    Concert du Philharmonique de Vienne sous la direction de Pierre Boulez au festival de Salzbourg.
    Anton Webern (1883-1945)
    Passacaille pour orchestre op. 1
    Cinq pièces pour orchestre op. 10
    Six pièces pour orchestre op. 6

    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 4 en sol majeur
    Miah Persson, soprano

    Wiener Philharmoniker
    direction : Pierre Boulez

     


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