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CRITIQUES DE CONCERTS 18 aoŻt 2019

Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Mariss Jansons au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.

Magnificence sonore et générosité

Juste avant les f√™tes de No√ęl, l'Orchestre philharmonique de Vienne terminait sa tourn√©e europ√©enne par un d√©tour au TCE sous la baguette de Mariss Jansons, qui se sera rarement montr√© aussi passionnant et r√©gulier dans une m√™me soir√©e, ce √† quoi n'√©taient sans doute pas √©trang√®res la magnificence sonore et la g√©n√©rosit√© du plus s√©duisant des orchestres.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 18/12/2003
Yannick MILLON
 



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  • Lorsque les Wiener Philharmoniker sont en forme, cela s'entend d√®s la premi√®re attaque, ainsi du choral introductif de l'ouverture de Ruy Blas de Mendelssohn, auquel les cuivres viennois donnent toute son ampleur et sa sonorit√© d'orgue. Jansons ne s'y attarde pas outre mesure et entame un Allegro f√©lin et bondissant, d'une pr√©cision dans les traits qui laisse admiratif. La l√©g√®ret√© de touche, la fougue rythmique et le brio de sa lecture √©merveillent et rappellent la Symphonie classique de Gergiev √† Salzbourg en ao√Ľt 2000.

    Le chef letton s'attaque ensuite √† un monument du r√©pertoire symphonique autrement moins abordable, v√©ritable pont aux √Ęnes pour les chefs d'orchestre, la rare 2e symphonie de Schumann. L'oeuvre est impitoyable pour les orchestres autant que pour les chefs, comme en t√©moigne une premi√®re attaque des cuivres √† l'unisson peu propre. Dense, touffue dans sa polyphonie et pour le moins difficile √† conduire sans chutes de tension, la symphonie trouve en Jansons un interpr√®te intelligent qui n√©gocie habilement le premier mouvement, au beau climat introductif, id√©alement partag√© entre r√™verie et angoisse, suivi d'un accelerando tr√®s juste et d'une exposition id√©alement anim√©e.

    Dans les si difficiles développements, Jansons trouve toujours des ressources dans l'écriture rythmique, dans la plastique des bois, dans l'agilité des cordes pour rendre sa lecture attrayante. L'orchestre impressionne toujours par la netteté de ses attaques, et la qualité instrumentale de ses musiciens. En revanche, le geste de Jansons, parfait pour les départs, est nettement moins convaincant dans la manière de couper les sons, perdant de l'impact dans la verticalité des accords. Le Scherzo, au tempo rapide mais confortable, est l'occasion d'admirer la virtuosité et la finesse des Viennois, ainsi que la rusticité de leurs timbres dans les deux Trios.

    Arrive le mouvement lent, l'un des plus beaux mouvements de symphonie du XIXe si√®cle, attaqu√© ici dans un magnifique pianissimo, si souvent transform√© en mezzo-forte, m√™me par les grands orchestres. Jansons m√®ne son Adagio sans lenteur excessive, et parfois m√™me un rien trop de sobri√©t√©. Les bois distillent toute leur ma√ģtrise technique et leur beaut√© de son dans les nombreux solos, et les cordes s'en donnent √† coeur joie dans le grand crescendo central. Le Finale, quant √† lui, est projet√© d'une traite, avec une animation et une √©nergie roboratives. Pendant l'entracte, on ne peut toutefois s'emp√™cher de penser que l'oeuvre demande plus d'arri√®re-plans, une tension plus souterraine, mais on ne saurait bouder une prestation d'une aussi grande classe.

    En deuxi√®me partie, place aux trop c√©l√®bres Tableaux de Moussorgski dans l'orchestration de Ravel. Jansons s'y montre souverain dans la succession des Promenades, √† la solennit√© et √† la dignit√© rendues par un tempo l√©g√®rement retenu, et remarquable d'invention et de vari√©t√© des climats dans les tableaux eux-m√™mes : grondements brutaux et agressifs des basses dans Gnomus, atmosph√®re sfumato du Vieux Ch√Ęteau, ironie grin√ßante et sadique de Samuel Goldenberg et Schmu√Ņle, √† la trompette solo tr√®s aiguis√©e, r√©alisme sonore du hautbois, nasillard et pinc√©, dans le Ballet des Poussins, effet d'obscurit√© totale dans des Catacombes aux cuivres inqui√©tants, violence lapidaire de la percussion dans Baba-Yaga, et monumentalit√© impressionnante de la Grande Porte de Kiev, parfois un rien too much mais emportant l'adh√©sion par son √©nergie, malgr√© des interventions de percussion √©trang√®res √† la main de Ravel. Une lecture simple et physique, finalement bien plus captivante que l'interpr√©tation fouill√©e √† l'extr√™me mais tir√©e par les cheveux de Gergiev avec les m√™mes interpr√®tes.

    Le public parisien, ravi, a droit √† deux bis : le Pas de Deux du Casse-Noisette de Tcha√Įkovski et la Marche √©gyptienne de Johann Strauss, pour clore une soir√©e sous le signe de la magnificence sonore, mais aussi de la g√©n√©rosit√©.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 18/12/2003
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Mariss Jansons au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.
    Felix Mendelssohn (1809-1847)
    Ouverture de Ruy Blas, op. 95 (1839)

    Robert Schumann (1810-1856)
    Symphonie n¬į2 en ut majeur, op. 61 (1846)

    Modest Moussorgski (1839-1881)
    Tableaux d'une Exposition (1874)
    Orchestration de Maurice Ravel (1922)

    Orchestre philharmonique de Vienne
    direction : Mariss Jansons

     


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