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CRITIQUES DE CONCERTS 13 juin 2024

Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Mariss Jansons au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Magnificence sonore et générosité

Juste avant les fêtes de Noël, l'Orchestre philharmonique de Vienne terminait sa tournée européenne par un détour au TCE sous la baguette de Mariss Jansons, qui se sera rarement montré aussi passionnant et régulier dans une même soirée, ce à quoi n'étaient sans doute pas étrangères la magnificence sonore et la générosité du plus séduisant des orchestres.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 18/12/2003
Yannick MILLON
 



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  • Lorsque les Wiener Philharmoniker sont en forme, cela s'entend dès la première attaque, ainsi du choral introductif de l'ouverture de Ruy Blas de Mendelssohn, auquel les cuivres viennois donnent toute son ampleur et sa sonorité d'orgue. Jansons ne s'y attarde pas outre mesure et entame un Allegro félin et bondissant, d'une précision dans les traits qui laisse admiratif. La légèreté de touche, la fougue rythmique et le brio de sa lecture émerveillent et rappellent la Symphonie classique de Gergiev à Salzbourg en août 2000.

    Le chef letton s'attaque ensuite à un monument du répertoire symphonique autrement moins abordable, véritable pont aux ânes pour les chefs d'orchestre, la rare 2e symphonie de Schumann. L'oeuvre est impitoyable pour les orchestres autant que pour les chefs, comme en témoigne une première attaque des cuivres à l'unisson peu propre. Dense, touffue dans sa polyphonie et pour le moins difficile à conduire sans chutes de tension, la symphonie trouve en Jansons un interprète intelligent qui négocie habilement le premier mouvement, au beau climat introductif, idéalement partagé entre rêverie et angoisse, suivi d'un accelerando très juste et d'une exposition idéalement animée.

    Dans les si difficiles développements, Jansons trouve toujours des ressources dans l'écriture rythmique, dans la plastique des bois, dans l'agilité des cordes pour rendre sa lecture attrayante. L'orchestre impressionne toujours par la netteté de ses attaques, et la qualité instrumentale de ses musiciens. En revanche, le geste de Jansons, parfait pour les départs, est nettement moins convaincant dans la manière de couper les sons, perdant de l'impact dans la verticalité des accords. Le Scherzo, au tempo rapide mais confortable, est l'occasion d'admirer la virtuosité et la finesse des Viennois, ainsi que la rusticité de leurs timbres dans les deux Trios.

    Arrive le mouvement lent, l'un des plus beaux mouvements de symphonie du XIXe siècle, attaqué ici dans un magnifique pianissimo, si souvent transformé en mezzo-forte, même par les grands orchestres. Jansons mène son Adagio sans lenteur excessive, et parfois même un rien trop de sobriété. Les bois distillent toute leur maîtrise technique et leur beauté de son dans les nombreux solos, et les cordes s'en donnent à coeur joie dans le grand crescendo central. Le Finale, quant à lui, est projeté d'une traite, avec une animation et une énergie roboratives. Pendant l'entracte, on ne peut toutefois s'empêcher de penser que l'oeuvre demande plus d'arrière-plans, une tension plus souterraine, mais on ne saurait bouder une prestation d'une aussi grande classe.

    En deuxième partie, place aux trop célèbres Tableaux de Moussorgski dans l'orchestration de Ravel. Jansons s'y montre souverain dans la succession des Promenades, à la solennité et à la dignité rendues par un tempo légèrement retenu, et remarquable d'invention et de variété des climats dans les tableaux eux-mêmes : grondements brutaux et agressifs des basses dans Gnomus, atmosphère sfumato du Vieux Château, ironie grinçante et sadique de Samuel Goldenberg et Schmuÿle, à la trompette solo très aiguisée, réalisme sonore du hautbois, nasillard et pincé, dans le Ballet des Poussins, effet d'obscurité totale dans des Catacombes aux cuivres inquiétants, violence lapidaire de la percussion dans Baba-Yaga, et monumentalité impressionnante de la Grande Porte de Kiev, parfois un rien too much mais emportant l'adhésion par son énergie, malgré des interventions de percussion étrangères à la main de Ravel. Une lecture simple et physique, finalement bien plus captivante que l'interprétation fouillée à l'extrême mais tirée par les cheveux de Gergiev avec les mêmes interprètes.

    Le public parisien, ravi, a droit à deux bis : le Pas de Deux du Casse-Noisette de Tchaïkovski et la Marche égyptienne de Johann Strauss, pour clore une soirée sous le signe de la magnificence sonore, mais aussi de la générosité.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 18/12/2003
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Mariss Jansons au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Felix Mendelssohn (1809-1847)
    Ouverture de Ruy Blas, op. 95 (1839)

    Robert Schumann (1810-1856)
    Symphonie n°2 en ut majeur, op. 61 (1846)

    Modest Moussorgski (1839-1881)
    Tableaux d'une Exposition (1874)
    Orchestration de Maurice Ravel (1922)

    Orchestre philharmonique de Vienne
    direction : Mariss Jansons

     


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