altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2019

Nouvelle production d'Otello de Verdi mise en scène par Andrei Serban à l'Opéra Bastille, Paris.

Nouvel Otello, nouveau naufrage
© Eric Mahoudeau

Serait-ce une oeuvre maudite à l'Opéra de Paris ? Après avoir donné de 1894 à 1966 la même production d'Otello, l'Opéra décidait en 1976 de faire enfin du neuf. Raté ! En 1990, la Bastille accueillait à son tour une nouvelle production. Encore raté ! Hugues Gall a donc attendu sa dernière saison pour donner à nouveau sa chance à Otello. Bis repetita, et un nouveau naufrage.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 08/03/2004
Gérard MANNONI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Quatre sur Six

  • Les Indes en Italie

  • D√©luge sonore

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • En 1976, malgr√© la pr√©sence sur sc√®ne de Placido Domingo, de Magaret Price et de Gabriel Bacquier, de Georg Solti dans la fosse, la production d'Otello que signait Terry Hands √©tait loin de faire l'unanimit√©, tant pour son d√©cor trop enferm√© que pour la lecture donn√©e par le metteur en sc√®ne britannique. En 1990, Myung Whun Chung dirigeait une nouvelle production sign√©e Petrika Ionesco et tout aussi mal accueillie. Inutile de rappeler en outre les incidents tragiques qui la marqu√®rent lors de la tourn√©e √† S√©ville.

    Quatorze ans plus tard, m√™me √©chec pour la production d'Andrei Serban. Disons le d'embl√©e : il ne s'agit pas de l'un de ces spectacles scandaleux tellement √† la mode et propres √† susciter les passions. L'approche de l'oeuvre initi√©e par Andrei Serban n'a rien de r√©volutionnaire, ni de surprenant, ni m√™me de choquant. Malgr√© de s√©duisantes d√©clarations d'intentions, elle est simplement plate, sans v√©ritable imagination, encombr√©e de mille d√©tails inutiles et souvent ridicules, et sans aucune id√©e charg√©e d'une vraie signification. Elle a pour premier r√©sultat d'engendrer un ennui assez massif, √©gay√© seulement de quelques envies de rire, quand Otello saute sur un gros fauteuil rouge et se trouve enfin aussi grand que Desd√©mone, quand l'ambassadeur de Venise para√ģt costum√© comme un militaire de la Grande Duchesse de Gerolstein
    Arrêtons l'énumération !



    On pardonnerait volontiers aux costumes de Graciela Galan de transformer le Iago de Jean-Philippe Lafont en tra√ģtre de bande dessin√©e, Desd√©mone en Traviata et Cassio en lancier du Bengale, tout comme on pardonnerait les affreux fauteuils rouges qui hurlent dans la triste fadeur des d√©cors guimauve o√Ļ Peter Pabst plonge la trag√©die apr√®s une introduction pourtant brillante et prometteuse, s'il se passait quelque chose dans le domaine de la direction d'acteurs. Or ici, tout est frileux, convenu, d√©j√† vu, except√© le coup de poignard dont Otello frappe Desd√©mone avant de l'√©touffer. Deux pr√©cautions valent mieux qu'une, sans doute. Une fois encore, on ne s'offusque gu√®re. On baille, ce qui est pire. D'autant que la distribution vocale n'est gu√®re revigorante.

    Monochrome Otello et frêle Desdémone

    Vladimir Galouzine a paru d'embl√©e bien fatigu√©. La voix engorg√©e, pas toujours juste, sans √©clat, monochrome, il n'√©tait que l'ombre de l'Otello qu'il peut parfois √™tre et qu'il fut encore r√©cemment, ne serait-ce que dans l'excellente production de Nicolas Jo√ęl au Capitole de Toulouse.

    Barbara Frittoli, elle aussi parfois √† la limite de la justesse, est une Desd√©mone bien fr√™le vocalement pour cette salle, m√™me si le timbre est beau, le phras√© bien construit et l'interpr√©tation sensible et nuanc√©e. La Tebaldi, qui reste la r√©f√©rence pour ce r√īle, Margaret Price, Kiri Te Kanawa aussi par exemple, avaient une mati√®re vocale d'une autre nature. Est-ce vraiment introuvable aujourd'hui ? Pr√©vue pour la reprise de la saison prochaine, Soile Isokoski devrait √™tre plus ad√©quate dans cette acoustique ingrate dont s'accommodera certainement mieux aussi Cristina Gallardo-Domas en juin.

    On a remarqu√© en revanche l'excellent Cassio de Jonas Kaufmann, voix vaillante, timbre bien projet√© et √©mission tr√®s en place. Reste le cas du Iago de Jean-Philippe Lafont. On sait que cet √©minent artiste a du mal √† convaincre dans les r√īles de m√©chants qui ne sont pas dans sa vraie nature. On l'aime mieux en Barak, en Falstaff, en Telramund, m√™me en Wozzeck qu'en Scarpia ou en Iago. Il chante fort bien le r√īle, mais accoutr√© comme il l'est ici, et avec la gestuelle presque caricaturale qu'on lui impose, il n'est pas vraiment √† l'aise.

    Choeurs et orchestre splendides

    Reste fort heureusement la direction d'orchestre et la splendeur des choeurs. C'est d'elles que vient le r√©confort d'une soir√©e qui serait sans cela bien frustrante. Avec une alternance de violences fulgurantes et d'int√©riorit√© arachn√©enne, sachant aussi bien ma√ģtriser l'ampleur des masses que mettre en relief les passages √©crits comme de la musique de chambre, James Conlon tient la partition de bout en bout avec autorit√©, intelligence et efficacit√©. L'orchestre a des couleurs magnifiques, tout comme le choeur, en particulier dans la tr√®s belle sc√®ne d'introduction servie, et c'est la seule, par les astucieuses projections ch√®res √† Peter Pabst.

    Si tout le spectacle avait cet impact ! Car même avec la direction de Conlon, la nef d'Otello n'a jamais vraiment atteint le rivage.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 08/03/2004
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production d'Otello de Verdi mise en scène par Andrei Serban à l'Opéra Bastille, Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Otello, opéra en quatre actes (1887)
    Livret d'Arrigo Boito d'après le drame de Shakespeare

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : James Conlon
    mise en scène : Andrei Serban
    décors : Peter Pabst
    cosumtes : Graciela Galan
    √©clairages : Jo√ęl Houbeigt
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Vladimir Galouzine (Otello), Jean-Philippe Lafont (Jago), Barbara Frittoli (Desdemona), Jonas Kaufmann (Cassio), Sergio Bertocchi (Roderigo), Elena Cassian (Emilia), Giovanni Battista Parodi (Lodovico), Christophe Fel (Montano), Rodrigo Garcia (Un araldo).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com