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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Reprise du Vaisseau fantôme de Wagner mis en scène par Christine Mielitz à l'Opéra de Vienne.

Vaisseau à plein régime
© Wiener Staatsoper GmbH / Axel

En décembre dernier, le Staatsoper de Vienne proposait un nouveau Vaisseau fantôme, que reprend déjà l'Opéra en cette fin de saison. Malgré une mise en scène tout à fait honorable, la grande triomphatrice de la soirée reste la musique, particulièrement la direction électrisante et à plein régime de Seiji Ozawa.
 

Staatsoper, Wien
Le 12/06/2004
Yannick MILLON
 



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  • Le travail de Christine Mielitz ne révolutionnera sans doute pas notre vision du Vaisseau fantôme, mais du moins ne maltraite-t-il pas le propos du premier grand drame wagnérien et s'avère-t-il parfaitement lisible. On pourra y noter un bel effet de tangage dans la tempête introductive, et un équipage de Hollandais façons Aliens rampant sur un plancher où passent quelques rais de lumière. De même, le décor des deuxième et troisième actes, une cale de navire en chantier, imbriquée dans un intérieur très « prolo seventies » avec portes battantes en fond de scène et hublots sur les côtés, qui traduisent bien la confusion mentale et le monde fantasmagorique qui sont le pain quotidien de la jeune Senta.

    Et la mise en scène insiste en permanence sur l'incompatibilité entre les univers de Senta et du Hollandais, leur impossibilité à construire une relation, à partager leurs vies en raison de leurs mondes antagonistes. De même, l'enfermement de Senta est habilement rendu, à l'image du cul-de-sac rouge sang dans lequel elle se retrouve bloquée et comme coupée du Hollandais à la fin du deuxième acte. Et si la direction d'acteurs n'est pas inoubliable, et que les changements d'éclairages sont parfois brusques et peu signifiants, la mise en scène se tient de bout en bout, sans scories ni complaisance.

    Côté musique, on atteint par contre des cimes. A tout seigneur tout honneur, rendons hommage en premier lieu à l'immense Grundheber, qui campe un Hollandais plus torturé que jamais, ombrageux et à bout, avec un grave somptueux et des aigus à toute épreuve. Encore convalescent, il sera parfois aux limites de la justesse, mais s'avèrera de plus en plus convaincant au fur et à mesure de la soirée. Matti Salminen, solide comme un roc, semble défier les ans, et incarne un Daland impressionnant de cupidité, auquel son timbre de basse profonde, noir et granitique, confère une épaisseur certaine.

    Après ses débuts en Isolde à Glyndebourne l'été passé et son incomparable Marie dans Wozzeck à Lyon en octobre dernier, Nina Stemme était très attendue en Senta, et ne s'est malheureusement pas hissée à la hauteur des espérances. Ce soir, le timbre paraît voilé, sourd et trop sombre, le souffle court et la prestation un peu pâle. Plus grave, le vibrato commence à hululer légèrement dans les piano du haut-médium ? Ballade sur la corde raide. Seule la pleine voix et l'aigu sont conformes au souvenir qu'on gardait de la soprano allemande. Torsten Kerl était tout autant attendu dans le court rôle d'Erik. Doté d'une belle ligne, du bon format, le ténor allemand s'avère lui aussi assez décevant en raison d'un timbre ingrat et d'une émission grossie au vibrato trop serré dans l'aigu.

    Restent les héros de la soirée, l'orchestre de l'Opéra et son chef Seiji Ozawa. On est d'abord étonné de retrouver une bonne moitié des musiciens qui avaient joué dans une géniale 5e symphonie de Bruckner avec Harnoncourt au Musikverein trois heures auparavant, et qui servent cette musique depuis des années sans la moindre trace de routine. Dès le premier trémolo de cordes de l'ouverture, on sent que la tempête va secouer le bastingage des balcons de l'Opéra. Ozawa, qui, chapeau bas, dirige absolument tout par coeur, empoigne le drame avec une énergie et une franchise grisantes, dans un esprit pas si éloigné de l'opéra italien, variant les climats à profusion, et imprimant au deuxième acte une légèreté mendelssohnienne, toute de touches délicates et pétillantes. Le troisième acte est quant à lui complètement effréné, avec des choeurs vertigineux et rapidissimes, et un dénouement mené à un train d'enfer, les Viennois rivalisant de franchise d'exécution, de virtuosité et de couleurs plus enivrantes les unes que les autres.




    Staatsoper, Wien
    Le 12/06/2004
    Yannick MILLON

    Reprise du Vaisseau fantôme de Wagner mis en scène par Christine Mielitz à l'Opéra de Vienne.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Le Vaisseau fantôme, opéra romantique en trois actes
    Livret du compositeur

    Chor der Wiener Staatsoper
    Orchester der Wiener Staatsoper
    direction : Seiji Ozawa
    mise en scène : Christine Mielitz
    dramaturgie : Eva Walch
    équipements : Stefan Mayer
    préparation des choeurs : Ernst Dunsbirn

    Avec :
    Matti Salminen (Daland), Nina Stemme (Senta), Torsten Kerl (Erik), Margareta Hintermeier (Mary), John Dickie (le pilote), Franz Grundheber (le Hollandais).

     


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