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SELECTION CD
20 avril 2014
Sélection DVD mars 2014



Un fabuleux Boris Godounov de l’Opéra de Munich chez BelAir Classiques partage l’affiche avec trois publications Opus Arte : un tétanisant Viol de Lucrèce du festival d’Aldeburgh 2001, la Ville morte filmée à Helsinki en 2011, aux côtés du décevant blockbuster des Troyens de Covent Garden, qui ne tiennent leur promesse que quant à la direction d’Antonio Pappano.

Sélection DVD mars 2014
Boris au noir



Modest Moussorgski (1839-1881)
Boris Godounov
Version de 1869
Alexander Tsymbalyuk (Boris)
Yulia Sokolik (Feodor)
Eri Nakamura (Xenia)
Heike Grötzinger (Nourrice de Xenia)
Gerhard Siegel (Chouïski)
Markus Eiche (Tchelkalov)
Anatoli Kotscherga (Pimène)
Sergeï Skorokhodov (Grigori)
Vladimir Matorine (Varlaam)
Ulrich Ress (Missaïl)
Okka von dem Damerau (Aubergiste)
Kevin Conners (l’Innocent)
Goran Jurić (Nikitich)
Dean Power (le Boyard)
Tareq Nazmi (Mitoukh)
Christian Rieger (Capitaine)
Chor der Bayerischen Staatsoper
Bayerisches Staatsorchester
direction : Kent Nagano
mise en scène : Calixto Bieito
décors : Rebecca Ringst
costumes : Ingo Krügler
éclairages : Michael Bauer
préparation des chœurs : Sören Eckhoff
captation : Andy Sommer
Enregistrement : Opéra, Munich, février 2013
2 Blu-ray (disponible en DVD) BelAir Classiques BAC102




Production coup de poing captée à l’Opéra de Munich due à l’agitateur Calixto Bieito, qui signe ici un chef-d’œuvre du Regietheater pour l’opus magnum de Moussorgski. Dans la veine politique de Wernicke à Salzbourg, l’Espagnol campe Boris Godounov dans les dérives totalitaires de la Russie de Poutine, gangrénée par la corruption et la violence, et tient le peuple, tout sauf victime, pour responsable de son sort.

Dès le lever de rideau, des manifestants à moitié abrutis hissent des portraits des principaux dirigeants du monde contemporain (le cynique Vladimir évidemment, mais aussi Sarkozy, Obama, Berlusconi et même Hollande) arborant leurs sourires les plus diaboliques, dans une forme de dénonciation de l’extrême médiocrité du personnel politique de notre époque.

Sans le moindre relâchement, Bieito construit une dramaturgie d’une noirceur implacable, éprouvante, parfois proche du gore, dans une scénographie suffocante ne laissant passer à aucun moment la lumière du jour, éclairages rasants a minima, mur barrage rouillé infranchissable, constantes nappes de fumée et bunker d’un tsar paranoïaque.

La scène de l’auberge atteint des sommets de géniale laideur, l’Aubergiste façon traînée à vingt roubles fouettant sa pauvre gamine pour avoir accepté le bretzel d’un Missaïl la main sur la braguette, avant d’abattre le policier venu interroger les moines défroqués. Grigori, journaliste en blouson de cuir vintage, passerait pour un sommet d’élégance dans un univers aussi cradingue.

Dans ce monde rongé jusqu’à la moelle, la violence est omniprésente, la famille entière du tsar finissant massacrée par le faux Dimitri, après un meurtre de l’Innocent abattu à bout portant par une gosse de dix ans. De même, à en juger par une Xénia pute de luxe, fille de milliardaire en manteau de fourrure et au bout du rouleau, on finit par croire que l’ultralibéralisme de la Russie contemporaine ne rend pas plus heureux que les années du communisme.

On saluera à cet égard le choix on ne peut plus judicieux de la version initiale de 1869 de l’opéra, sans tripatouillage, sans bien sûr l’intrigue amoureuse de l’acte polonais, mais sans non plus la scène de la révolte de Kromy souvent intégrée aujourd’hui à la structure globale de la version originale.

La direction de Nagano, si peu lyrique, si éloignée de l’électricité des grandes soirées d’opéra, est un champ de ruines, lecture glacée, radicale, atomisée – tempi toujours à rebrousse-poil, silences béants, climats raréfiés –, aux dépens de la vie théâtrale mais au bénéfice d’alliages sonores inédits, avec quelques suspensions anthologiques – mort de Boris, moment crépusculaire inouï – mais aussi une scène du Couronnement plombée comme rarement.

La distribution, sans individualité à se damner, consolide encore la cohérence globale du projet. Belle découverte que le Boris jeune et même séduisant de l’Ukrainien Alexander Tchembalyuk, timbre noble, voix à taille humaine avec une intériorité qui n’empêche pas les déchirures des passages d’exaltation. Si souvent contestable aujourd’hui, Anatoli Kotscherga est l’un des Pimène les plus émouvants qu’on ait entendus, certes toujours extraordinairement inégal et accidenté, mais d’un art de conteur souverain ici.

Même réduit à la portion congrue par la version 1869, le Grigori de Sergei Skhorokodov trouve le temps d’imposer un beau timbre cuivré, fier, presque arrogant, en parfait accord avec la scène. Excellent Tchelkalov ténorisant de Markus Eiche, Chouïski d’une laideur artiste de Gerhard Siegel, passionnant de puissance fielleuse, Varlaam hénaurme de Vladimir Matorine, très bons rôles secondaires, on ne sera en définitive réservé que sur l’Innocent de Kevin Conners, sans aura surnaturelle, trop concret, trop ténor.

Pour ne rien gâcher, le master, particulièrement en Blu-ray, est vraiment digne de l’appellation de Haute-Définition, sans l’ombre d’une image granuleuse ou pixellisée malgré le peu d’éclairage de la mise en scène. Du grand art.





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