











|
 |
| SELECTION CD |
06 janvier 2026 |
 |
L’Idiot à Salzbourg


Mieczysław Weinberg (1919-1996)
L’Idiot
Bogdan Volkov (Prince Mychkine)
Aušrinė Stundytė (Nastasia)
Vladislav Sulimsky (Rogojine)
Xenia Puskarz Thomas (AglaĂŻa)
Iurii Samoilov (Lebedev)
Clive Bayley (Epantchine)
Margarita Nekrasova (Epantchina)
Jessica Niles (Alexandra)
Pavol Breslik (Ganya)
Daria Strulia (Varvara)
Jerzy Butrin (Totski)
Alexander Kravets (l’Affûteur)
Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker
direction : Mirga GraĹľinytÄ—-Tyla
mise en scène : Krzysztof Warlikowski
décors & costumes : Małgorzata Szczęśniak
éclairages : Felice Ross
préparation des chœurs : Pawel Marcowicz
captation : Davide & Tiziano Mancini
Enregistrement : Felsenreitschule, Salzburg, août 2024
Blu-ray C Major Unitel 811408
Cet ajout majeur à la vidéographie lyrique confirme, si besoin était, que L’Idiot de Weinberg capté à l’été 2024 est l’un des tout meilleurs spectacles produits ces dernières années à Salzbourg. La mise en scène de Krzysztof Warlikowski, d’abord, acclamée tout autant que l’équipe musicale – c’est assez rare pour être souligné –, n’a jamais été plus fidèle à la dramaturgie de l’ouvrage traité, auquel il rajoute juste des éléments de figuration puisés dans le roman même de Dostoïevski.
L’intrigue est limpide tout au long de ces 3h15 de spectacle, avec un savant jeu de commutation action principale-action secondaire rythmé par la caméra de Davide et Tiziano Mancini, qui prend le parti (en ignorant cheffe et orchestre) de donner constamment une idée de la vastitude du plateau du Manège des rochers, notamment grâce aux nombreuses images prises depuis le fond de la salle, donnant à l’ensemble un aspect plus aplati encore que le CinemaScope. Ou comment rendre justice à la largeur de la Felsenreitschule, que le décor, fait de murs lambrissés ne dépassant pas la moitié de la hauteur du fond de scène, renforce encore.
La direction d’acteurs, au cordeau – la vidéo en direct, prise depuis le plafond de la chambre mortuaire de Nastasia, hante pendant de longues minutes – transcende la complexité psychologique des personnages, comme ce Prince Mychkine presque translucide dans ses gilets et costumes informes, pâle comme la mort, au jeu de scène millimétré – sa double crise d’épilepsie sur la musique disloquée de Weinberg juste avant l’entracte vaut à elle seule le visionnage du DVD.
La musique évolue sur les mêmes cimes, d’abord grâce à une distribution soignée jusqu’au moindre petit rôle – l’Affûteur de couteaux irrésistible de nasalité d’Alexander Kravets –, dominée par le Prince de Bogdan Volkov, archétype du ténor russe à l’ancienne, voix claire jusqu’à l’immatériel (son dernier « j’ai froid ») mais ouvrant les vannes avec une projection insolente à la moindre nécessité, face au Rogojine noir de timbre et prodigue en nuances de Vladislav Sulimsky.
À leurs côtés, le Lebedev clown triste et caméléon de Iurii Samoilov fait triompher l’idiomatisme de la langue russe. Il est jusqu’à l’Aglaïa de Xenia Puskarz Thomas d’être flattée par les micros, nettement moins pointue qu’en direct. Et tant pis pour la voix vitriolée, toujours aussi désagréable, d’Aušrinė Stundytė, qui ne risque pas de rendre sympathique Nastasia mais sort au moins de ses gonds en scène.
Cerise sur le gâteau, la mise de l’ouvrage au répertoire de l’Orchestre philharmonique de Vienne est éblouissante (la liste des solos instrumentaux à se damner serait trop longue) grâce à la direction aiguisée, sur le fil et aux effets de masse idéalement anguleux, aussi chirurgicaux que saisissants, de Mirga Gražinytė-Tyla.
|  |
|
Le Joueur Ă Salzbourg


SergeĂŻ Prokofiev (1891-1953)
Le Joueur
Sean Panikkar (AlexeĂŻ)
Asmik Grigorian (Polina)
Violeta Urmana (Baboulenka)
Peixin Chen (le Général)
Juan Francisco Gatell (Le Marquis)
Michael Arivony (Mr Astley)
Nicole Chirka (Blanche)
Joseph Parrish (Potapytch)
Zhengyi Bai (Nilsky)
Ilia Kazakov (Baron Wurmerhelm)
Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker
direction : Timur Zangiev
mise en scène : Peter Sellars
décors : George Tsypin
costumes : Camille Assaf
éclairages : James F. Ingalls
préparation des chœurs : Pawel Marcowicz
captation : Peter Sellars
Enregistrement : Felsenreitschule, Salzburg, août 2024
Blu-ray C Major Unitel 811608
En dehors du film soviétique de 1966, Le Joueur ne bénéficiait jusqu’alors, sauf erreur, que de deux versions au DVD : la première, d’esthétique contemporaine, de Tcherniakov avec Barenboïm au Staatsoper de Berlin (C Major, 2008), la seconde, plus classique, de Temur Chkheidze en provenance du Mariinski et dirigée par Gergiev (label du théâtre, 2010).
La production de Salzbourg 2024 renouvelle encore l’aspect visuel. Fait rare, c’est Peter Sellars lui-même qui a assuré sa captation, privée des saluts et du moindre plan sur le chef. L’expérience est sensiblement différente de celle vécue en salle par l’art du cadrage, clipesque, les couleurs sursaturées, les plans courts, sans cesse en mouvement (zooms éclairs, montage nerveux aux limites du faux raccord, jointures peu discrètes).
Le filmage au plus près des corps, dont certains gros plans ne cachent rien de la température du plateau – Alexeï et le Général suant sang et eau sous les projecteurs –, ressemble à du contenu pour réseaux sociaux étalé sur 2h10. Au terme du visionnage, la tête un peu farcie, on ne se souvient pas d’avoir vu un plan de la scène entière de la Felsenreitschule, dont les arcades sont bouchées par des miroirs réfléchissants et le plateau couvert de mousse de tapis de jeu décrépite et surplombé de toupies-roulettes façon soucoupe volante d’E.T. l’extra-terrestre.
On retrouve les idiosyncrasies bien connues du metteur en scène américain : distribution multiethnique, violents contrastes de couleurs et d’éclairages, direction d’acteurs sous amphète, émotions surjouées, esthétique clignotante très années 1980, avec armes à feu, forces de l’ordre zélées, et la petite coquetterie des télégrammes du livret devenant des e-mails dans les sous-titres. L’ensemble est un peu épuisant, mais la partition de Prokofiev l’est-elle au final vraiment moins ?
Saluons alors la direction incandescente (sans les décalages entendus in loco) du jeune Timur Zangiev, qui brutalise les Viennois dans le meilleur sens du terme. Les avait-on entendu jouer aussi mordant ces dernières années, les bois aussi corrosifs, les cuivres et percussions aussi brutaux, par-dessus le tricotage des cordes en dentelle infernale. Une impression renforcée par une prise de son pêchue, où l’on a sans doute rajouté de la réverbération.
Le plateau, enfin, est éblouissant, pas un chanteur qui flanche face à un accompagnement redoutable de décibels, notamment dans une première partie d’une heure où l’orchestre joue à plein régime les trois quarts du temps. Sean Panikkar (Alexeï) et Asmik Grigorian (Polina) brûlent les planches, vocalement tout feu tout flamme, Peixin Chen (le Général) fait tonner sa basse au creux conséquent tandis que Nicole Chirka (Blanche) walkyrise face à la Baboulenka déchaînée de Violeta Urmana, vibrato XXL, émission de harpie de luxe.
|  |
| Yannick MILLON
Sélection Harmonia Mundi et AlphaSélection Voilà RecordsSélection C Major (I)Sélection C Major (II)Sélection Palazzetto Bru ZaneSélection Discothèque idéale Diapason [ Toutes les parutions ] |  |
|