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CRITIQUES DE CONCERTS 24 septembre 2020

Nouvelle production de Parsifal de Wagner mise en scène par Christoph Schlingensief et sous la direction de Pierre Boulez au festival de Bayreuth 2004.

Bayreuth 2004 :
Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (3)

© AP

Nous y sommes. Après 24 ans d'absence à Bayreuth, Boulez remet son Parsifal sur le métier. Pour l'occasion, Wolfgang Wagner a misé sur le metteur en scène iconoclaste Christoph Schlingensief. De quoi alimenter un véritable feuilleton estival. Et comme la mise en scène du jeune Allemand sombre dans la plus grande confusion, à Bayreuth, on s'enflamme !
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 18/08/2004
Yannick MILLON
 



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  • Schlingensief aura au moins le m√©rite d'avoir innov√© : son premier acte de Parsifal a √©t√© siffl√©, ce qui n'√©tait jamais arriv√© √† Bayreuth. C'est tout ce que vaut ce v√©ritable salmigondis, duquel n'√©merge pas la moindre ligne directrice. Si les mises en sc√®ne depuis la r√©ouverture de Bayreuth en 1951 avaient jou√© la carte de l'√©pure, la petite derni√®re mise sur l'encombrement d'un d√©cor o√Ļ il est impossible de s√©parer l'accessoire du n√©cessaire, d'autant qu'y est projet√©e presque en permanence une vid√©o incompr√©hensible et parasite, d'o√Ļ √©mergent, entre autres images illisibles, des cellules vues au microscope, un jeune gar√ßon noir en transe les yeux r√©vuls√©s, des lapins morts ou vifs, un cimeti√®re, des otaries sur une plage.

    Des éclairages absolument calamiteux

    Quant aux √©clairages, en vit-on jamais de plus calamiteux √† Bayreuth ? Partag√©s entre stroboscopes et blacklights, plaqu√©s maladroitement sur le discours musical, soulignant syst√©matiquement la moindre septi√®me diminu√©e ou cadence expressive, ils t√©moignent d'un go√Ľt de l'illustration au premier degr√© absolument dilettante. Il n'est pas tout d'avoir des id√©es, encore faut-il avoir les moyens de ses id√©es.

    Au milieu de ce spectacle vaguement interactif et tr√®s tendance, dangereux pour les √©pileptiques, on en oublierait presque les voix. Robert Holl campe un Gurnemanz s√©nile aux accents pl√©b√©iens, √† la diction m√Ęchonnante, √† l'√©mission poussive, sans une once de la subtilit√© de r√©citaliste qui incombe au r√īle. Alexander Marco-Buhrmester est un Amfortas correct, sans plus ; Michelle de Young une Kundry sans vraie √©paisseur, aux prises avec un format trop juste qui la force √† grossir l'√©mission et le vibrato, et √† pousser des aigus qu'elle n'a pas naturellement dans la voix. On acclamera par contre l'excellent Klingsor de John Wegner, marmor√©en et √† l'autorit√© √©crasante. Endrick Wottrich s'av√®re de son c√īt√© un Parsifal tout √† fait honorable, au timbre sombre et barytonnant mais √† la puissance appropri√©e, et manque juste de jeunesse et de nuances pour convaincre pleinement.

    Direction d'orchestre en négation de la mise en scène

    Quant √† Pierre Boulez, on se demande bien comment il a pu atterrir dans pareille gal√®re, car sa direction est la n√©gation absolue de la mise en sc√®ne. Autant cette derni√®re est charg√©e et absconse, autant la lecture du chef fran√ßais est un mod√®le de clart√©, d'√©pure, d'√©quilibre. Dans une finition bien sup√©rieure √† celle de la retransmission radio de la premi√®re du 25 juillet dernier, le Parsifal de Boulez atteint une sorte d'absolu, nourri de sonorit√©s transparentes ‚Äď y compris dans des chŇďurs absolument magnifiques ‚Äď, d'une polyphonie illumin√©e par un travail incomparable sur l'intonation des vents, d'une gestion timbrique d'orf√®vre des leitmotive ‚Äď Pr√©lude du I absolument magique ; Pr√©lude du III lent et dense, compl√®tement afflig√© ; Marche fun√®bre de Titurel aux cuivres t√©tanisants. Pour autant, le ton reste avant tout th√©√Ętral, et m√™me si certains accents sont aujourd'hui par trop liss√©s ‚Äď un II toujours aussi vif mais moins dramatique qu'il y a trente-cinq ans ‚Äď, l'interpr√©tation de Boulez reste l'une des plus abouties du dernier chef-d‚ÄôŇďuvre wagn√©rien.

    Reste √† esp√©rer que le chef fran√ßais, au milieu de tout ce fatras, ne quitte pas lui aussi Bayreuth en fus√©e pour ne plus y remettre les pieds, car alors cette production serait bien le ¬ę cimeti√®re pour l'art ¬Ľ aper√ßu au troisi√®me acte.




    Bayreuth 2004 : Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (1)

    Bayreuth 2004 : Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (2)


    Bayreuth 2004 : Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (3)




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 18/08/2004
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Parsifal de Wagner mise en scène par Christoph Schlingensief et sous la direction de Pierre Boulez au festival de Bayreuth 2004.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Pierre Boulez
    mise en scène : Christoph Schlingensief
    décors : Daniel Angermayr, Thomas Goerge
    costumes : Tabea Braun
    éclairages : Voxi Bärenklau
    préparation des choeurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Alexander Marco-Buhrmester (Amfortas), Robert Holl (Gurnemanz), Endrick Wottrich (Parsifal), John Wegner (Klingsor), Michelle de Young (Kundry), Kwangchul Youn (Titurel), Tomislav Mu?ek (1er chevalier du Graal), Samuel Youn (2e chevalier du Graal), Julia Borchert (1er √©cuyer), Atala Sch√∂ck (2e √©cuyer), Norbert Ernst (3e √©cuyer), Miljenko Turk (4e √©cuyer), Martina R√ľping, Jutta Maria B√∂hnert, Anna Korondi, Carola Guber, Atala Sch√∂ck, Julia Borchert (les Filles-fleurs de Klingsor), Simone Schr√∂der (une voix d'alto).

     



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