altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 29 novembre 2020

Nouvelle production de Parsifal de Wagner mise en scène par Christoph Schlingensief et sous la direction de Pierre Boulez au festival de Bayreuth 2004.

Bayreuth 2004 :
Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (3)

© AP

Nous y sommes. Après 24 ans d'absence à Bayreuth, Boulez remet son Parsifal sur le métier. Pour l'occasion, Wolfgang Wagner a misé sur le metteur en scène iconoclaste Christoph Schlingensief. De quoi alimenter un véritable feuilleton estival. Et comme la mise en scène du jeune Allemand sombre dans la plus grande confusion, à Bayreuth, on s'enflamme !
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 18/08/2004
Yannick MILLON
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Une femme fatale

  • Avant que le rideau ne retombe

  • Saint François SDF

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Schlingensief aura au moins le mĂ©rite d'avoir innovĂ© : son premier acte de Parsifal a Ă©tĂ© sifflĂ©, ce qui n'Ă©tait jamais arrivĂ© Ă  Bayreuth. C'est tout ce que vaut ce vĂ©ritable salmigondis, duquel n'Ă©merge pas la moindre ligne directrice. Si les mises en scène depuis la rĂ©ouverture de Bayreuth en 1951 avaient jouĂ© la carte de l'Ă©pure, la petite dernière mise sur l'encombrement d'un dĂ©cor oĂą il est impossible de sĂ©parer l'accessoire du nĂ©cessaire, d'autant qu'y est projetĂ©e presque en permanence une vidĂ©o incomprĂ©hensible et parasite, d'oĂą Ă©mergent, entre autres images illisibles, des cellules vues au microscope, un jeune garçon noir en transe les yeux rĂ©vulsĂ©s, des lapins morts ou vifs, un cimetière, des otaries sur une plage.

    Des Ă©clairages absolument calamiteux

    Quant aux éclairages, en vit-on jamais de plus calamiteux à Bayreuth ? Partagés entre stroboscopes et blacklights, plaqués maladroitement sur le discours musical, soulignant systématiquement la moindre septième diminuée ou cadence expressive, ils témoignent d'un goût de l'illustration au premier degré absolument dilettante. Il n'est pas tout d'avoir des idées, encore faut-il avoir les moyens de ses idées.

    Au milieu de ce spectacle vaguement interactif et très tendance, dangereux pour les épileptiques, on en oublierait presque les voix. Robert Holl campe un Gurnemanz sénile aux accents plébéiens, à la diction mâchonnante, à l'émission poussive, sans une once de la subtilité de récitaliste qui incombe au rôle. Alexander Marco-Buhrmester est un Amfortas correct, sans plus ; Michelle de Young une Kundry sans vraie épaisseur, aux prises avec un format trop juste qui la force à grossir l'émission et le vibrato, et à pousser des aigus qu'elle n'a pas naturellement dans la voix. On acclamera par contre l'excellent Klingsor de John Wegner, marmoréen et à l'autorité écrasante. Endrick Wottrich s'avère de son côté un Parsifal tout à fait honorable, au timbre sombre et barytonnant mais à la puissance appropriée, et manque juste de jeunesse et de nuances pour convaincre pleinement.

    Direction d'orchestre en négation de la mise en scène

    Quant à Pierre Boulez, on se demande bien comment il a pu atterrir dans pareille galère, car sa direction est la négation absolue de la mise en scène. Autant cette dernière est chargée et absconse, autant la lecture du chef français est un modèle de clarté, d'épure, d'équilibre. Dans une finition bien supérieure à celle de la retransmission radio de la première du 25 juillet dernier, le Parsifal de Boulez atteint une sorte d'absolu, nourri de sonorités transparentes – y compris dans des chœurs absolument magnifiques –, d'une polyphonie illuminée par un travail incomparable sur l'intonation des vents, d'une gestion timbrique d'orfèvre des leitmotive – Prélude du I absolument magique ; Prélude du III lent et dense, complètement affligé ; Marche funèbre de Titurel aux cuivres tétanisants. Pour autant, le ton reste avant tout théâtral, et même si certains accents sont aujourd'hui par trop lissés – un II toujours aussi vif mais moins dramatique qu'il y a trente-cinq ans –, l'interprétation de Boulez reste l'une des plus abouties du dernier chef-d’œuvre wagnérien.

    Reste Ă  espĂ©rer que le chef français, au milieu de tout ce fatras, ne quitte pas lui aussi Bayreuth en fusĂ©e pour ne plus y remettre les pieds, car alors cette production serait bien le « cimetière pour l'art Â» aperçu au troisième acte.




    Bayreuth 2004 : Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (1)

    Bayreuth 2004 : Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (2)


    Bayreuth 2004 : Un Parsifal à grandes oreilles, cimetière interactif pour l'art (3)




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 18/08/2004
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Parsifal de Wagner mise en scène par Christoph Schlingensief et sous la direction de Pierre Boulez au festival de Bayreuth 2004.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Pierre Boulez
    mise en scène : Christoph Schlingensief
    décors : Daniel Angermayr, Thomas Goerge
    costumes : Tabea Braun
    éclairages : Voxi Bärenklau
    préparation des choeurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Alexander Marco-Buhrmester (Amfortas), Robert Holl (Gurnemanz), Endrick Wottrich (Parsifal), John Wegner (Klingsor), Michelle de Young (Kundry), Kwangchul Youn (Titurel), Tomislav Mu?ek (1er chevalier du Graal), Samuel Youn (2e chevalier du Graal), Julia Borchert (1er écuyer), Atala Schöck (2e écuyer), Norbert Ernst (3e écuyer), Miljenko Turk (4e écuyer), Martina Rüping, Jutta Maria Böhnert, Anna Korondi, Carola Guber, Atala Schöck, Julia Borchert (les Filles-fleurs de Klingsor), Simone Schröder (une voix d'alto).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com